Deuxième jour de procès: une féministe livre son témoignage

Deux ans ont beau s’être écoulés, il ne faut pas oublier l’objet de la manifestation nous ayant mérité la souricière à 80 autres protestataires et moi-même,  le 27 avril 2012. À l’époque, les participantes et participants soulignaient que la hausse des frais de scolarité touche d’avantage les femmes. Il s’agit d’un groupe de la population occupant des emplois plus précaires et à un salaire plus bas que celui des hommes. Ne l’oublions jamais, les arrêté-e-s du 27 avril 2012 sont des militantes et militants féministes.

C’est tout fébriles que nous sommes revenus le mercredi 7 mai à la cour municipale. Notre avocat, Enrico Théberge, avait laissé entendre que ce serait notre tour de témoigner. Le lundi précédent, les témoins de la procureure Brigitte Bellavance, des policiers, avaient témoigné pendant toute la journée.

À l’entrée du tribunal, on salue des camarades qu’on n’a pas vu depuis longtemps. « Salut, c’est quoi ton prénom déjà? » Il y a un couple cute avec leur bébé, aussi Francine, la non-voyante, des gens de Montréal ayant fait le voyage pour l’occasion. Plusieurs, dont moi, bougonnent car ils ont pris un jour de congé sans solde pour participer. En face, les policiers sont payés pour témoigner.

La cause est sur toutes les lèvres. Certains dissimulent mal leur inquiétude. On s’échange des mots pour se donner du courage: « C’est sûr qu’on va gagner ».

Le juge est Louis Marie-Vachon. C’est un vieux bonhomme spécial. On doit se lever quand il entre et quand il sort. Et ça arrive souvent. La greffière est au centre. Les deux duos d’avocats sont opposés de chaque côté de la pièce. Paradoxalement, nos avocats sont des hommes, ceux de la Ville, des femmes.

Les témoignages reprennent après une petite cérémonie consistant à déposer plusieurs constats d’infraction. Le lieutenant Hamel est contre-interrogé, puis défilent des sous-fifres: le sergent Aubé, le chauffeur du fourgon, celui qui a interpellé l’homme qui sabotait le périmètre et 3 autres encore (dont un qui ressemble à s’y méprendre au monstre de Frankenstein).

Ça nous permet de constater que la moustache est peut-être out en 2014 mais pas le crâne rasé. C’est le cas pour 3 des 7 policiers.

Au dîner, on discute des témoignages, on relève des contradictions policières et on critique les vidéos déposées en preuve. On prend ça pas mal au sérieux. On retourne à la cour après un détour dans ce qui doit être le seul café gauchiste de Charlesbourg (il semble que le dernier disque de Tryo constitue leur seule musique d’ambiance).

Avec tous ces témoins grassement payés par nos taxes, la procureure parvient à retarder les travaux suffisamment longtemps pour empêcher les féministes s’étant déplacées de Montréal de témoigner. Il est 16h. Enrico souhaite faire parler son premier témoin, Véronique Laflamme. La procureure est fatiguée: « J’en ai plein mon voyage! », lance-t-elle.

On s’en fiche pas mal. Nous autres, on est prime.

Véronique est prête, comme toujours. « En tant que femme issue d’un milieu modeste, j’ai bénéficié d’études supérieures. C’est pourquoi j’ai marché ce jour-là. » À l’époque, son rôle était celui de porte-parole de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics. Elle avait été invitée par l’ASSÉ à faire un discours au début de la marche.

Véronique démolit plusieurs affirmations de la police:  au sujet des trajets remis aux policiers, sur la question des porte-paroles, sur la prétention que personne n’aurait tenté de négocier avec les flics.

Le témoignage ne plait pas à la procureure. Après 20 minutes, le témoignage est écourté suite à un imbroglio sur le visionnement d’une preuve vidéo. C’est un coït interrompu. On en aurait encore demandé 3 heures. Il faut se lever pour laisser sortir le juge. Il est 16h30.

À ce rythme, il parait fort probable que des jours supplémentaires seront ajoutés aux 2 jours prévus. Mais une chose semble de plus en plus certaine, c’est qu’on va gagner.

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One Response to Deuxième jour de procès: une féministe livre son témoignage

  1. Question : est-ce que l’avocat, la témoin concernée et les personnes qui se défendent ont lu votre billet rendu public avant publication ?

    Si pas si pire, le billet ne révèle pas d’information, mais ce n’est généralement pas brillant de publier des opinions concernant le juge, la procureur, etc. pendant le procès.

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