Disparition d’Eduardo Galeano

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Eduardo Galeano est décédé ce 13 Avril à Montevido (Uruguay), avec lui meurt peut-être la dernière figure d’auteur engagé du siècle passé. Oui, Galeano était comprometido (engagé en espagnol), journaliste dans la presse de gauche latino-américaine, il sera obligé de fuir la dictature uruguayenne, puis celle de l’Argentine.

Toute sa production sera marquée par sa lutte contre l’injustice et pour l’égalité, par la défense des dominés et la condamnation des oppressions. Il sera surtout connu pour son livre Les veines ouvertes de l’Amérique latine dans lequel il dénonce de manière crue et sans compromis le pillage de l’Amérique latine par les puissances occidentales et qui sera le cadeau de Hugo Chavez à Barack Obama, lors de leur première rencontre. Cet engagement transpire dans ses romans, dans ses articles sur le football, où dans ses poèmes en prose.

En voici l’un des plus bel exemple (le texte original en espagnol suit) :

Les rien

Les puces rêvent de s’acheter un chien et les rien rêvent de ne plus être pauvres, ils rêvent d’un jour magique où la chance tomberait du ciel, en pluie drue ; mais la bonne fortune n’est pas tombée hier, elle ne tombera pas aujourd’hui, ni demain, ni jamais, elle ne tombe même pas en pluie fine, bien que les rien la réclament, bien que leur main gauche les démange, bien qu’ils se tiennent debout sur leur seul pied droit, ou commencent l’année avec un balai neuf.

Les rien: les enfants de personne, maîtres de rien.
Les rien : les personne, les niés, ceux qui courent en vain, ceux qui se tuent à vivre, les baisés, les éternels baisés :

Qui ne parlent pas une langue mais un dialecte.
Qui n’ont pas de religion mais des superstitions.
Qui ne sont pas artistes mais artisans.
Qui n’ont pas de culture, mais un folklore.
Qui ne sont pas des êtres humains mais des ressources humaines.
Qui n’ont pas de visage mais des bras.
Qui n’ont pas de nom, mais un numéro.
Qui ne figurent pas dans l’histoire universelle mais dans la presse locale.
Les rien qui ne valent pas la balle qui les tue.

Le livre des étreintes, Lux, 2012 pour l’édition française

Los Nadies

Sueñan las pulgas con comprarse un perro y sueñan los nadies con salir de pobres, que algún mágico día llueva de pronto la buena suerte, que llueva a cántaros la buena suerte; pero la buena suerte no llueve ayer, ni hoy, ni mañana, ni nunca, ni en lloviznita cae del cielo la buena suerte, por mucho que los nadies la llamen y aunque les pique la mano izquierda, o se levanten con el pie derecho, o empiecen el año cambiando de escoba.

Los nadies: los hijos de nadie, los dueños de nada.
Los nadies: los ningunos, los ninguneados, corriendo la liebre, muriendo la vida, jodidos, rejodidos:

Que no son, aunque sean.
Que no hablan idiomas, sino dialectos.
Que no profesan religiones,
sino supersticiones.
Que no hacen arte, sino artesanía.
Que no practican cultura, sino folklore.
Que no son seres humanos,
sino recursos humanos.
Que no tienen cara, sino brazos.
Que no tienen nombre, sino número.
Que no figuran en la historia universal,
sino en la crónica roja de la prensa local.
Los nadies,
que cuestan menos
que la bala que los mata

El libro de los abrazos, 1989

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