Fragment d’argumentaire : la gratuité est un choix politique

IMG_5364.JPGLa campagne RTCGratuit va bon train et les membres du comité sont en train de peaufiner l’argumentaire appuyant la gratuité du transport en commun. Dans les prochains jours, nous en publierons des extraits pour vous inviter, lectrices et lecteurs, à les commentercritiquer et à en débattre. Nous garantissons que tous vos commentaires seront pris en compte. Cette semaine, Nicolas nous parle de gratuité.

La gratuité, c’est un choix politique

On entend souvent dire que la gratuité du transport en commun est utopique parce qu’il n’y a rien de gratuit dans la vie.

Rien de gratuit, sauf…

– 2 362 km de routes
– 1 265 km de trottoirs
– 298 km de réseau cyclable
– 20 escaliers et un ascenseur reliant la haute-ville et la basse-ville

Sans oublier…

– 6 822 km de conduites d’aqueduc et d’égouts
– 145 million de m3 d’eau usée traitée par an par 2 stations d’épuration
– 93 millions de m3 d’eau potable produite par an par 4 usines de production

Ainsi que…
– 456 parcs et espaces verts
– 100 000 arbres d’alignement de parc et de rue
– 23 bibliothèques publiques

Et là on ne parle que de ce qui est gratuit et géré par la Ville de Québec (parce que sinon il faudrait au moins ajouter aussi les 53 écoles publiques, le transport scolaire, les 4 CEGEP, les 2 CSSS et les 8 hôpitaux de la ville).

Des services publics gratuits, il y en a plein, c’est un choix politique.

Une tarification qui freine le développement du service

La tarification du transport en commun n’est pas uniforme à Québec. Le RTC applique une certaine forme de tarification sociale basée sur l’âge et le statut social. La société reconnaît ainsi implicitement que le plein tarif est trop cher pour les personnes moins fortunées qui ont besoin du service (aînéEs, élèves et étudiantEs). Ainsi le service est gratuit pour les enfants de moins de 6 ans, le laissez-passer mensuel est presque moitié prix pour les gens de plus de 65 ans, réduit du tiers pour les jeunes (6 à 18 ans), les étudiantEs+ et les nouveaux diplôméEs, alors que tous les autres paient le plein prix. Un plein prix, 81,25$ par mois, visiblement trop cher pour les petits salariéEs et les sans-emploi mais ça, qui s’en soucie?

La grille tarifaire n’a pas toujours été celle-ci, pendant plusieurs décennies les personnes âgées ont bénéficié de la gratuité du transport en commun. Cette gratuité pour le 3ème âge a été abolie en 1990, conséquence directe du retrait du gouvernement provincial du financement de l’exploitation du transport en commun.

Cette tarification à géométrie variable, et le caractère arbitraire de la somme à récolter auprès des usagers (une commande politique de l’aveu même du RTC (1)), confirment que la gratuité est d’abord et avant tout un enjeu politique.

Le RTC est tout à fait conscient que la tarification est un frein à l’utilisation du transport en commun (la municipalité aussi puisqu’elle offre des billets de bus gratuits à quiconque se déplace pour assister au conseils de ville ou d’arrondissement). Concrètement, c’est cher pour ce que c’est. D’ailleurs, la multiplication des offres et aubaines pour amener les familles à bord des bus (notamment la gratuité pour les enfants de 11 ans et moins pendant les fins de semaines et les congés fériés) et les efforts déployés pour rendre le service plus efficace lors des grandes festivités, en témoignent. Le RTC sait que pour amener du monde à bord, surtout des automobilistes, il faut un fort incitatif économique et un service compétitif, voire de meilleure qualité que la voiture.

Un momentum pour la gratuité

Des villes québécoises commencent à expérimenter la gratuité totale ou partielle du transport en commun. Ainsi, Laval et Longueuil ont établi la gratuité pour les aînéEs hors des heures de pointe. Selon un reportage récent de Radio-Canada, la gratuité du transport en commun progresse sur la rive-sud de Montréal. Après Chambly, Richelieu et Carignan qui ont ouvert la voie il y a deux ans, suivis par Sainte-Julie au début de l’année, c’est maintenant au tour de Candiac, La Prairie et Saint-Philippe d’offrir le transport en commun gratuit pour les trajets locaux sur leur territoire.

À Québec, on ne parle pas encore de gratuité à la mairie. Pourtant, alors que l’on cherche à réduire les émissions de gaz à effet de serre et que l’on se fixe des objectifs ambitieux en matière de transport (doubler la part modale du transport en commun d’ici 2030), il serait plus que temps d’avoir cette discussion.

 

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Notes

(1) « Le directeur général du RTC, Alain Mercier, a expliqué jeudi que la contribution des usagers compte pour le tiers des revenus du transporteur, car il s’agit là d’un objectif fixé par les élus et largement répandu dans les sociétés de transport. » Le Soleil, 19 avril 2014, p. 30.

Par ailleurs, dans le « Mot du président » accompagnant le budget 2014 du RTC, Rémy Normand écrit, sans plus de précisions : « La hausse moyenne des tarifs est prévue à 2,5%. Cela devrait permettre de respecter le principe d’une contribution des usagers équivalente au tiers des dépenses totales ».

Nous avons eu beau chercher, nous n’avons toujours pas trouvé d’explication rationnelle quand à savoir pourquoi la part des usagers doit être du tiers.

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