Incendies et dynamite hier au port de Québec

L’article suivant est tiré du journal Dernière heure du 5 juin 1966. Elle traite d’une violente grève au port de Québec. 

Une nouvelle flambée de violence s’est produite dans la matinée de samedi au port de Québec, alors que des bâtons de dynamite qui avaient été placés dans les débris de quatre voitures détruites et brûlées par les dockers en grève ont fait explosion sans toutefois faire de victimes.

Un homme qui tentait de franchir les lignes de piquetage pour sortir sa voiture du port a subi des coupures à la figure et à la tête. À un moment donné, un gréviste muni d’une barre d’acier eut une brève empoignade avec un policier municipal de la ville, mais fut tiré en arrière par ses camarades.

Vers 6h, hier soir, les débardeurs avaient remis le feu aux carcasses des voitures précédemment incendiées, et l’alimentaient au moyen de planches prélevées sur une cabane voisine de l’entrée du port. Une trentaine d’agents de la Gendarmerie royale avaient pris position dans le courant de l’après-midi entre le poste de police et l’entrée du port, venus prêter main-forte à 125 policiers municipaux, comme eux casqués et munis de matraques.

L’atmosphère se détériorait sensiblement en fin de journée, alors qu’un groupe de 50 à 75 débardeurs, pour la plupart munis de bouteilles de bière vides à la main, continuaient le piquetage pendant que leurs camarades dormaient dans leurs voitures en attendant de les relever. Une Américaine de passage qui avait stoppé son véhicule pour prendre des clichés, dut battre précipitamment en retraite sous la menace d’un gourdin brandi par un docker.

On sait que ces troubles dans le port de Québec ont commencé vendredi quand les grévistes ont appris que le juge Frédéric Dorion, de la Cour supérieure, avait émis contre eux une injonction limitant le nombre de piqueteurs.

M. Jean-Paul Walsh, leader du local de Québec, avait convoqué, hier matin, les débardeurs de la Vieille Capitale pour leur expliquer l’inutilité de la violence. On a prétendu à un moment donné qu’il avait réussi à les convaincre mais les faits démontrent qu’ils avait dû en oublier quelques-uns.

Impasse totale

L’impasse est totale dans le conflit qui dure depuis 28 jours entre les 2,250 débardeurs des ports de Montréal, Québec et Trois-Rivières et la Shipping Federation of Canada.

Les syndiqués demandent actuellement à négocier avec ceux qu’ils considèrent comme leurs « véritables employeurs », les arrimeurs. Ce à quoi, le ministre fédéral du Travail, M. John Nicholson, a répondu qu’il ne pouvait obliger les arrimeurs à négocier directement. La partie syndicale demande pour sa part au gouvernement de faire enquête pour déterminer si les arrimeurs sont bien libres de négocier avec qui ils veulent ou si ils sont soumis à leurs clients, les armateurs.

La partie syndicale, a affirmé Me Phil Cutler, conseiller juridique des débardeurs, se refusent à retourner négocier avant que la Shipping Federation ne fasse une contre-proposition écrite comme l’avait demandé le ministre du Travail, lors de la dernière rencontre à Ottawa.

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