La démission de Julie Lemieux ou l’ultrasensibilité de l’aristocratie à la critique

La bras droit du maire Labeaume, Julie Lemieux, démissionne et pour une fois le côté bully du maire n’est pas en cause. L’ancienne journaliste évoque, comme le font tous les élu-e-s dans la même situation, des raisons familiales.

Mais si vous l’avez entendue en entrevue à Radio-Canada hier, vous aurez peut-être remarqué qu’elle dénonce aussi la fatigue ressentie lors des consultations publiques. « Ça prend beaucoup beaucoup beaucoup d’énergie », dit-elle.

Je paraphrase et souligne, pour qu’on comprenne bien: écouter les gens (c’est-à-dire tendre l’oreille), avec son lot de critiques et de propositions, assis sur une chaise, pendant quelques heures, serait très exigeant énergétiquement parlant.

Pas mettre en oeuvre des projets. Rénover une bibliothèque. Gérer les emportements du petit caporal. Proposer des solutions constructives. Ça, non, c’est facile. Ce qui est vraiment vraiment vraiment exigeant, c’est d’écouter les gens lors des consultations publiques.

Elle a aussi ajouté qu’elle n’en pouvait plus des critiques qui soulèvent des doutes sur son intégrité « sans aucune raison ».

« Les attaques à son intégrité. Quand tu fait ça avec ton coeur, quand tu le sais que tu es intègre et honnête, puis que tu fais jamais rien de croche puis que tu te gouverne comme il faut puis que t’entend, que ce soit en consultation ou ailleurs, des gens attaqués ton intégrité sans aucune raison en ayant des sous-entendus qui sont malsains et nocifs et qui font mal, ça je trouve que c’est difficile pour les élus. « 

Si coucher avec un architecte d’une entreprise privée recevant des contrats de la ville n’est pas une raison légitime de craindre des risques de conflits d’intérêts, on se demande ce que peut constituer une bonne raison.

Ce n’est pas la première élue à blâmer le peuple pour sa déchéance. L’ex bras-droit de Labeaume, François Picard, avait évoqué les mêmes raisons. «Les groupuscules « anti-toute » prennent trop de place auprès des médias par rapport au reste de la société», avait-il affirmé lors de sa démission. Les consultations publiques auraient « usées sa patience ». Picard avait aussi critiqué les médias.

La conseillère Chantal Gilbert était aussi très déçue lorsque 4 personnes sont venues dire qu’ils s’opposaient au changement du nom d’un parc en juin. N’ayez crainte, l’équipe Labeaume ira de l’avant quand même.

Gilbert, lorsqu’elle a annoncé ne pas se représenter, avait aussi pointé les nombreuses heures de travail, mais aussi l’ambiance acrimonieuse qui règne parfois dans les conseils de quartier. «Ça devient un tribunal populaire», où «les gens viennent te juger».

L’agoraphobie

Donc si j’interprète bien notre élite municipale, écouter des commentaires, des critiques, des suggestions et parfois peut-être même des gros mots, est une tâche si difficile, herculéenne, qu’elle justifie de démissionner.

Le quémandage de la plèbe sale indispose les aristocrates immaculés.

Il y a plusieurs choses que je trouve fascinant la dedans:

  • La ville consulte pourtant peu et rarement.
  • La ville finit toujours, de toute façon, à faire ce qu’elle veut, peu importe l’avis des gens consultés. Voir le PPU Saint-Roch, celui de Sainte-Foy, le parc Gilles-Lamontagne, le Centre d’Injection Supervisé… Alouette.

Si j’extrapole un tout petit peu, un petit chouïa de rien, j’en déduis que, pour nos représentants du peuple, l’exercice du pouvoir est plus simple lorsqu’elle est dépourvue de critique, même inoffensive.

On veut diriger le peuple sans le peuple.

Tout en prétendant représenter le peuple.

Et je n’apprend rien à personne en disant qu’un modèle de gouvernement dépourvu de critique s’appelle une dictature.

Et la tendance mondiale est favorable aux gouvernements autoritaires et à moins de démocratie.

À mon avis, il est tout à fait légitime, face à l’impasse écologique et économique actuelle, face à des gouvernements corrompus, arrogants et violents, que de plus en plus de gens soient critiques du pouvoir.

Mais je reste interrogatif face à la solution. Le remède à un pouvoir autoritaire serait… plus d’autorité?

C’est peut-être parce qu’en trompant le public sur le sens du mot démocratie, en lui faisant porter un autre sens, l’élite l’a complètement discrédité. Francis Dupuis-Déry l’explique bien dans son bouquin Démocratie, histoire politique d’un mot :

Deux siècles plus tard, alors que la planète entière semble penser que « démocratie » (le pouvoir du peuple) est synonyme de « régime électoral » (la délégation du pouvoir à un petit groupe de gouvernants), toute expérience d’un véritable pouvoir populaire (délibérations collectives sur les affaires communes) se heurte toujours au mépris des élites.

Que l’élite méprise le peuple, rien de plus naturel. Mais que le peuple, lui-même, se méprise au point de se juger inapte à s’autogouverner?

Pour ma part, je veux qu’on cesse de quémander. Qu’on passe du rôle de demandeur à celui d’opérateur.

C’est à l’élite de justifier son existence. Ce n’est pas à nous de le faire. Ce n’est pas à nous de supplier qu’on nous entende.

J’aimerais qu’on passe de la démocratie de pacotille à la démocratie directe.

Ça me semble une solution beaucoup plus saine aux défis modernes. La solution à des gouvernements arrogants et autoritaire n’est pas moins de démocratie. Le remède de l’autoritarisme est la liberté.

Personne n’a dit que c’était facile. Bien sûr que c’est hard d’entendre ses idées critiquées, souvent par des gens dont les valeurs sont aux antipodes.

Mais une heure après, on prend une bonne douche et on passe à autre chose. Jusqu’à maintenant, on m’avise que personne n’est décédé après avoir entendu une critique.

Et pour revenir au plancher des vaches municipal, les conseils de quartier devraient s’intéresser à la question. Pourquoi donc se contenter du rôle de quémandeur?

Quand les cigares y chang’ront d’bouches
Quand les stars elles chang’ront de mains
Quand la bonne soupe elle chang’ra d’louches
Qui qui sera dans le bottin ?

Quand les gibus y chang’ront d’têtes
Quand les bagouses elles chang’ront d’doigts
Quand l’homard y chang’ra d’fourchettes
Les employés, on s’ra les rois

Y faudra plus nous négliger
C’est nous qu’on s’ra les PDG
Les PDG

2 Responses to La démission de Julie Lemieux ou l’ultrasensibilité de l’aristocratie à la critique

  1. Elle fait l’erreur de le « prendre personnelle », alors que les gens se positionnent sur des projets, politiques, qui concernent leur vie ou leur milieu de vie. Une société humaine, ou toute communauté, est plurielle (diversité) et idéalement pluraliste. Dommage que certain.es n’aiment pas la participation citoyenne sauf si c’est pour les appuyer.

    Pour le reste, c’est vrai qu’il faut avoir la couenne dure pour être élu.e. J’ai été candidat une fois dans ma vie pour une élection fédérale et c’est frappant à quel point on est tout à coup jugé sans arrêt, à tout instant sur la rue/en public et nos intentions sont mises en doutes sans arrêt. Si je participais à une manifestation, on pouvait croire que j’y étais surtout pour me faire du «capital politique». Si j’allais même à un party, je ne pouvais échapper à mon statut de candidat aux élections. Il faut être capable d’outrepasser ce sentiment et réussir à rester authentique à travers tout ça. Si une personne sait pourquoi elle est en politique, elle au service de qui ou de quoi, elle peut ignorer ce sentiment d’être jugée et agir positivement. Encore une fois, il ne faut pas le prendre personnelle: une personne élue *devrait* être une facilitatrice pour la collectivité.

    ( Sauf que Labeaume ne fait pas partie de cette culture: il provient du monde des affaires, où il y a des petit.es boss qui se croient supérieur.es. Il n’a probablement donc pas aidé madame ici à voir les choses autrement.)

  2. Il y a des médias poubelles de droite, on les connaît bien à Québec. Ce qu’on connaît un peu moins bien ce sont les médias poubelles de gauche, dont cet article en est un illustre exemple… Vos arguments sont fallacieux et teintés d’ignorance. Une liste de sophismes mis ensemble pour faire mal paraître. Réécoutez ce qu’elle a dit lorsqu’elle a annoncé son départ. Qu’est-ce qu’elle prend personnel? Où elle BLÂME le peuple pour son départ? Elle n’a pas le droit d’avoir envie de passer à autre chose après 8 ans à porter les gros dossiers, en culture, en aménagement du territoire, en patrimoine, en plus des dossiers du conseil d’arrondissement? On blâme les politiciens quand ils s’accrochent au pouvoir, mais quand on fait preuve de mauvaise foi… On les traîne dans la boue lorsqu’on cède sa place aussi hein? Elle défendait les dossiers en lesquels elle croyait. Et elle le faisait vachement bien. N’en déplaise à ses détracteurs. Quant à affirmer qu’elle ne supportait pas la critique, l’avez-vous déjà entendu en conseil d’arrondissement? Au conseil de ville? Citez-moi une seule fois où elle a mal pris la critique (svp, laissez de côté les élucubration d’Anne Guérette…) Texte très mauvais, qui semble répondre à un objectif de « job de bras » comme vous dites ici, et dont les radios poubelles en ont fait un art.

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