La drogue dure du 3e lien

L’analogie de Catherine Dorion comparant la cocaïne au troisième lien n’est pas si mauvaise que ça.

Avez-vous déjà écouté Peur et dégoût à Las Vegas (Fear and loathing in Las Vegas)?

Ça raconte l’histoire d’un journaliste qui va à Las Vegas avec la valise bourrée de drogues.

Pendant plusieurs jours, le gars part sur une dérape totale. Sous l’influence de drogues puissantes et soumis à ses hallucinations, il perd le contrôle complet. Jusqu’au moment ou il se réveille dans sa chambre d’hôtel en ruine, les pieds flottants dans un pied d’eau, du ketchup sur les murs et le lit cramé.

Ce qui devait être le trip d’une vie se révèle n’être qu’un sinistre et pathétique cauchemar.

C’est ce qui va se passer avec le troisième lien.

Peut-être dans 4 ans, lorsque le bureau de machin de projet publiera le résultat de ses recherches, ce sera le moment de la méga giga gueule de bois.

Après avoir perdu des années à en parler, à avoir mis des millions de dollars en  études, à s’être crêpé le chignon, à avoir manifesté pour ou contre, on va tous se réveiller avec une évidence: Le projet est irréaliste, irrationnel, polluant, farfelu, dispendieux et impossible.

« Est-ce qu’on a vraiment fait tout ça juste parce qu’un animateur de radio populiste cherchait à avoir l’attention? » qu’on va se dire, incrédules.

C’est l’amphithéâtre all over again mais en plus grotesque.

L’amphithéâtre c’était des politiciens et des animateurs de radio populistes cherchant à gagner des élections en faisant miroiter le rêve du retour d’une équipe de hockey pour 400 millions $. Le troisième lien, c’est des politiciens et des animateurs de radio populistes cherchant à gagner des élections en faisant miroiter le rêve d’une plus grande fluidité du trafic pour 10 milliards $.

L’amphithéâtre vide n’est pas un échec assez retentissant. Il en faut plus, toujours plus. Et les artisans de ce fiasco ne nous donnent même pas la satisfaction d’être gênés de refaire le coup.

Un projet impossible

Malgré tout le troisième lien ne se fera pas parce que…

  • C’est polluant.
  • La ville croule déjà sous l’asphalte. Québec est championne de la quantité d’autoroutes par habitants.
  • C’est trop cher. Le provincial ne peut pas payer ça tout seul. Leur réélection assurée, les libéraux fédéraux ne voudront pas mettre une cenne la dedans. De plus, les partisans du troisième lien prennent soin de cacher qu’ils comptent élargir d’autres autoroutes, dont la Capitale (Félix-Leclerc), pour répondre à la demande créée par un nouveau lien. Ce qui signifie qu’on sous-estime les coûts.
  • D’ici quelques années, les élites qui nous dirigent vont bien finir par réaliser l’ampleur de la catastrophe écologique en cours. D’ici là, la construction d’un troisième lien aura dépassé la farce pour atteindre le niveau de l’absurde.

Ne vous réjouissez pas trop vite. Le bon sens finira par triompher. Mais le problème c’est que les mangeurs de béton ont déjà gagné. Avec leur délire, ils retardent des projets alternatifs et nous distraient d’enjeux importants.

Ils nous font perdre un temps précieux.

Québec est déjà la dernière ville canadienne à ne pas disposer d’un réseau de transport moderne et structurant. On est déjà les derniers de classe.

C’est à l’image de tout ce qui se passe avec le réchauffement climatique. L’enjeu est tellement monumental qu’on est incapable de fournir une réponse adéquate. On préfère ne pas en parler et quand on le fait, on en parle mal.

On préfère se laisser bercer d’illusions par des populistes climato-fosse-sceptiques. « Il n’y a pas de réchauffement, d’ailleurs regardez par la fenêtre, il neige! »

Et quand on va se réveiller, ça va être pour réaliser qu’on a les jambes dans un pied d’eau.

Bravo au CRACN

Bravo à la Coalition régionale des associations étudiantes de la Capitale-Nationale (CRACN). Leur manifestation à ébranlé les certitudes et les populistes ont clairement senti leur pouvoir vaciller. Il fallait les lires et les entendre couiner de rage pendant des jours contre les marcheuses et marcheurs.

C’est nécessaire de maintenir la pression. Le plus tôt ce projet sera abandonné, le mieux ce sera. Et une mobilisation massive comme celle du 10 novembre est l’antidote. Le sérum de vérité.

Mais quand le projet sera définitivement mort et enterré, les plus lucides devront garder en mémoire tout le dommage que peut causer quelques apprentis sorciers de la radio-poubelle et une poignée de populistes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.