L’arnaque sainte

La crédulité du bon peuple ne cesse de surprendre. Qu’un vieillard habillé de blanc décrète qu’une porte a les attributs de la sainteté et qu’elle transfigurera ceux qui en franchiront le seuil est une absurdité à sa face même, mais les autorités religieuses et civiles s’entendent néanmoins pour annoncer l’arrivée d’une horde de touristes atteints de religiosité galopante pour célébrer le 350e anniversaire de la paroisse Notre-Dame de Québec et passer par ledit huis. En extase devant sa porte, l’évêque de Québec ressemble davantage à un vendeur de tapis ou d’autos d’occasion qu’à un guide «spirituel».

L’exploitation des reliques et autres gadgets pour attirer les croyants remonte au Moyen Âge. Pas une église ou un monastère qui ne comptât alors des soidisant reliques ayant appartenu à un saint ou à un martyr de la foi chrétienne : tout un attirail grotesque comprenant des os, des dents, des vêtements, des clous de la croix, des chaînes et autres instruments de torture et même, ô loufoquerie suprême, le prépuce du prêcheur apocalyptique juif nommé Jésus. Découragé que Rome soit en mal de pèlerins (lire touristes), le pape Boniface VIII décréta que l’année 1300 serait une «année sainte» et que la visite de la Ville éternelle vaudrait une indulgence plénière, créant ainsi une tradition mercantile se répétant depuis aux 25 ans.

En 1237, Louis IX de France avait acheté à prix d’or de l’empereur de Byzance un fin renard qui voulait financer sa guerre contre les Bulgares, la couronne d’épines portée par Jésus (première pièce de sa collection qui comprendra aussi du sang du Christ, un morceau de la croix, la lance qui aurait transpercé le crucifié et même l’éponge imbibée de vinaigre qui lui fut offerte, toutes reliques qualifiées de «saintes»). Pour mettre ces bibelots en valeur, il fit construire la Sainte-Chapelle, qui aujourd’hui encore attire les touristes, moins pour son caractère sacré que pour sa beauté. Heureusement, les révolutionnaires de 1791 ont jeté ces faux de pacotille aux ordures, mais n’ont pas détruit les vitraux.

Bien sûr, les commerçants, restaurateurs et hôteliers de Québec se réjouissent à l’avance de cette manne touristique et il serait de mauvais aloi de les en blâmer. Il est toutefois dommage que ces visiteurs soient attirés ici au moyen d’une fourberie.

Marc Simard, professeur d’histoire, Cégep Garneau.

Paru pour la première fois dans la section commentaires du journal le Soleil le 15 décembre 2013.

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