Les consultations publiques, kossa donne?

Nous entrons en période électorale municipale. Voilà l’occasion de débattre d’idées et de réaliser que les deux partis en lices sont identiques, à quelques détails près. Aujourd’hui, le parti s’opposant à Équipe Labeaume, Démocratie Québec, exprime le souhait de mieux consulter la population.

Les consultations actuelles sont des « shows de communication» et les modifications qui en découlent sont «cosmétiques», a accusé David Lemelin.

Louable intention. En effet, plusieurs citoyennes et citoyens ont dénoncé la futilité des consultations publiques.

Dans le cas des changements de zonage, par exemple à l’îlot Esso ou l’îlot Irving, le promoteur soumet un plan. Une consultation publique est ensuite lancée, dans laquelle des citoyens et citoyennes sont invités à commenter ledit plan. Els se retrouvent dans le mauvais rôle de devoir soit accepter soit contester, sans pouvoir répondre à une question fondamentale: à la base, qu’est-ce qu’on veut dans le trou? Un parc? Un commerce? Des montagnes russes? En un mot, els se retrouvent devant un fait accompli.

Je me souviens d’un épisode entourant le PPU Saint-Roch. Le vice-président de la Ville tente de décrypter avec mépris le tract du collectif l'(A)telier, réclamant le droit à la ville. La salle de la consultation publique est pleine à craquer. Les gens se succèdent au micro pour démolir le PPU point par point. C’est comme une grande célébration populaire. Tous les gens aimant le quartier se regroupent pour regarder les visages grimaçants de leurs élus, qu’ils n’ont jamais l’occasion de voir sans cela, se tordre face aux doléances populaires.

Alors que la soirée commence à s’étirer, un membre du Comité de citoyens de Saint-Roch s’avance au micro. Il exprime le souhait d’être consulté en amont des grands projets, plutôt qu’en plein milieu. C’est le premier intervenant qui fut vigoureusement applaudi.

L’enjeu est loin d’être récent. Remontons à l’époque de l’Union Nationale, en 1968. À l’époque, le Ministère de la Voirie souhaite ardemment construire une grosse étauroute pour relier Beaupré au centre-ville de Québec. Pour éviter toute opposition, le Ministère, avec la complicité des divers paliers de gouvernement, organise des scéances d’information. Les fonctionnaires se contentent d’y informer les élus.

Merveilleuse idée! Imaginez, une pierre deux coups.

  • on empêche la contestation du projet.
  • on s’assure de la discrétion de l’opposition. Ce qu’on n’entend pas n’existe pas!

Pourtant, la contestation viendra tôt ou tard. Elle arrive en même temps que les expropriations. La colère des expropriés et des comités de citoyens de la basse-ville s’exprime en 1969. Soudain, on réalise que l’étauroute la plus dispendieuse au Canada a été entièrement développée en catimini.

La tension atteint son comble lorsque la construction atteint Beauport vers 1978. Le plan prévoit ruiner les habitats fauniques des berges en les recouvrant de béton. Le gouvernement est forcé de mettre en place, pour la première fois, une consultation publique de 3 jours sous l’égide du BAPE.

Les critiques s’expriment enfin. Des groupes écologistes ne se contentent pas de discuter de l’autoroute, ils ébranlent les colonnes du temple en remettant en question le tout-à-l’auto. Imaginez!

Les AmiEs de la Terre de Québec sont ceux qui vont le plus loin en proposant une « éco-société » « qui doit préserver la vie sous toutes ses formes et laisser en héritage un environnement sain aux générations futures« .

On remet en question non seulement le tracé de l’autoroute, mais aussi la forme des consultations.

La mise en place d’une des premières consultations publiques générales au Québec a aussi pour effet d’en permettre la critique. (…) Des intervenants de l’audience mentionnent que les consultations auraient dû être faites avant la réalisation des travaux et non pas pendant.

Cette revendication ne date donc pas d’hier.

Source: La construction de Dufferin-Montmorency sur le site de l’Université Laval

Anne Guérette, de Démocratie Québec, vise juste en demandant des consultations «en amont plutôt qu’en aval». On sent toutefois que ces changements ne seraient que cosmétiques.

La vraie démocratie ne délègue pas ses pouvoirs à un ou une représentant.e élu.e. Elle prend le pouvoir en main et se l’approprie dans de vastes assemblées générales, ou la parole s’exprime librement.

La mairie nous accorde des consultations publiques dont elle peut rejeter les conclusions du revers de la main? C’est déjà trop. Labeaume a déjà fait connaître son intention de supprimer cet ersatz démocratique. Imaginez un peu si on exigeait des consultations décisionnelles.

Je vous laisse avec une question. Je vous invite à tenter d’y répondre dans la section commentaires.

À l’époque de l’Union Nationale, on ne consultait personne. On développait les projets entre copains, fonctionnaires et élus. Sous la pression populaire, on vit apparaître des consultations publiques. Elle permettent à certains privilégiés de s’y exprimer, et le pouvoir est libre de faire la sourde oreille.

Ma question est la suivante: Est-ce que ça en valait vraiment la peine?

 

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