Manifestation pour le droit de manifester… à Montréal

Le 2 novembre à Montréal, le Conseil Régional de l’ASSÉ appelait à une manifestation dans le but de protester contre le règlement P6 à Montréal… et ailleurs; en effet, des règlements municipaux visant à restreindre les manifestations ont été adoptés par d’autres villes du Québec.  Ici même dans la Capitale, le 27 octobre dernier, Le Collectif Subvercité a lancé un appel à manifester pour le droit de manifester.

En cette veille d’élections  municipales,  nous nous sommes déplacés de Québec vers la métropole, avec  la bannière qui en disait beaucoup.  Le message : ‘’De grâce, ne nous laissez pas seul-e-s avec les flics’’ s’entendait comme un écho à la ‘’Lettre ouverte à ceux et celles qui manifesteraient contre P-6 si seulement nous donnions notre itinéraire comme des gens raisonnables’’ de Anarchopanda :

’manifester significativement et sans risque, pour certaines causes dont la nôtre, dans le contexte actuel, itinéraire ou pas, est impossible. Plus fondamentalement : si vous venez et que vous vous en tirez, si on ne s’en tire que tant que vous êtes là, ou plus généralement que tant que notre manifestation est jugée « tolérable » (« négligeable?») par ce SPVM que nous avons appris à mieux connaître en 2012, qu’aurons-nous gagné, vraiment? Je vous laisse avec ça, et vous souhaite de vaincre votre peur.’’

Déploiement policier

C’était une centaine de personnes non raisonnables qui étaient présentes au rassemblement.  Il faut croire que la peur générale n’a pas était vaincue.  Ils étaient  5 à 6 flics par personne, et le bourdonnement incessant de l’hélicoptère, qui a survolé notre marche à travers la ville, donnait à notre militante mascarade un aspect inquiétant.

Dès le début, les journalistes semblaient sur le qui-vive, comme s’ils étaient dans l’attente de l’attaque. Après tout, une manifestation n’est un événement pour plusieurs  médias que s’il y a ‘’de l’action’’.  Pour plusieurs, une manifestation en soi n’est pas une action valable par elle-même, en tant que déclaration populaire. Pourtant, l’arsenal même que le pouvoir met  à contrer la participation aux manifestations est l’indice même de l’importance qu’il  accorde à ces manifestations.

Arbitraire policier

Les participant-e-s à la marche qui a duré une heure et demi, qui avec bannière, avec pancarte, avec ou sans masque et ou déguisement, étaient sans doute des gens assez décidés.  Nous ne savions pas ce qui pouvait arriver, c’est ce qu’on appelle : l’arbitraire policier.  C’est précisément contre cela, contre ce tout-pouvoir laissé entre les mains des forces de l’ordre de la Cité, que ces personnes courageuses se sont mobilisées et ont marché ce soir-là. La tension s’entendait dans les éclats de rire, se relâchait dans les huées lors des messages policiers annonçant que la manifestation était illégale. Est-ce le fait qu’il y avait une partie de hockey opposant les Canadiens aux Avalanches le soir même, ou alors que le lendemain était jour d’élections ? Nous ne le savons pas, toujours est-il qu’il n’y a eu ni souricière, ni arrestations, lors de la manif illégale du 2 novembre contre P6 à Montréal.

En tant que citoyen-nes, on a le droit de manifester, parce qu’on le prend. Avons-nous d’autre choix ? Une manif, ça trouble et ça dérange. Sinon, ce n’est pas une manifestation, c’est un défilé organisé par le pouvoir, c’est une parade du Carnaval.’’ 26 sept (Pour le droit de manifester)

Qu’est-ce que la démocratie?

Plus d’une centaine de personnes ont défié la loi, ont marché masquées, en toute illégalité, au cœur de Montréal, sans rien casser sinon quelques affiches électorales toutes formations politiques confondues.  C’est possible de vaincre la peur et de défier la loi. C’est sain pour la démocratie de le faire.  Le devoir de citoyenneté, dont on nous rebat les oreilles quand il y a des élections, c’est celui de se faire entendre, à chaque fois que c’est possible de le faire,  plutôt que de laisser notre destinée entre les mains des politiciens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.