Redécouvrir nos territoires de pensée à partir d’une critique citoyenne autochtone – Retour sur une rencontre avec Idle No More

Idle no more

Dans le cadre des atelier Les pensées sauvages, Subvercité a accueilli mercredi dernier, à la Page Noire, Mélissa Mollen-Dupuis, porte-parole du mouvement Idle No More Québec. Personnellement, nous, on y est allés à l’origine pour apprendre des choses sur les Premières Nations, mais on en retiendra encore davantage, que les réflexions développées à Idle No More sont précieuses pour construire notre critique du capitalisme contemporain et esquisser des alternatives.

Créer la relation entre Autochtones et non-Autochtones

On partage le même territoire depuis plus de 400 ans, explique Mélissa, et pourtant les ignorances, la méconnaissance et les préjugés sont nombreux. Alors ici, tu peux poser toutes les questions que tu n’as jamais osé poser, propose-t-elle, parce qu’il est temps de se connaître. Apprendre à mieux se connaître, c’est important aussi parce que le mouvement autochtone a besoin du soutien des non-Autochtones, explique-t-elle. Ça, on le savait déjà un peu, mais ce qu’on a surtout compris lors de cette soirée, c’est qu’une voix «citoyenne autochtone » a aussi beaucoup à apporter à nos luttes.

Créer une voix citoyenne autochtone

L’enjeu pour Idle No More est de créer une voix citoyenne autochtone qui se fasse entendre, bien sûr, quand il est directement question des Premières Nations, mais pas seulement. Idle No More veut être une voix citoyenne au sens large, c’est-à-dire une voix qui participe à l’ensemble des débats de la société en y apportant un point de vue autochtone, afin qu’on prenne en considération systématiquement l’aspect autochtone des choses. C’est en ce sens que le mouvement a pris, par exemple, position contre la Charte. Alors, que nous dit cette perspective autochtone sur la société contemporaine ?

Se décoloniser du capitalisme, ensemble

Si les luttes et les positions d’Idle No More ont eu un écho auprès des populations autochtones en Norvège, en Australie, etc.,  c’est parce que la colonisation des peuples autochtones a eu des caractéristiques et des effets similaires partout, sur la langue et le territoire, par exemple. Mais Idle No More propose de lutter contre la colonisation capitaliste, et celle-ci touche Autochtones et non-Autochtones ensemble. En s’interrogeant sur « comment être un membre fonctionnel de la société, mais avec ma culture », Mélissa nous propose donc aussi une lecture critique du capitalisme et des esquisses d’alternatives, puisées dans les cultures autochtones mais loin du mythe du bon sauvage et utilisables par tous et toutes dans la société actuelle.

Critiques et esquisses d’alternatives

Mélissa interroge par exemple notre rapport à la consommation : qu’est-ce qu’une société où l’abondance de nourriture fait que l’alimentation devient un danger pour la santé ? Derrière des gestes anodins, comme l’achat d’un vêtement, elle rappelle que, dans la société capitaliste, l’un des moteurs de la consommation est l’oubli de nos savoir-faire et de nos connaissances comme ceux liés à la couture, par exemple.

Les cultures autochtones nous invitent aussi à renouveler notre représentation des territoires et à nous distancier de leur définition capitaliste en revendiquant des droits d’occupation plutôt que des droits de propriété, par exemple, ou en rappelant que le territoire n’est pas qu’une ressource, mais aussi un espace vivant. Considérer la terre comme un espace vivant permet aussi, par exemple, de prendre conscience que bien souvent on ne travaille pas à « sauver la terre », mais à nous sauver nous, car la terre, elle survivra en notre absence. Par ailleurs, en ne considérant pas la terre sous l’angle de l’appartenance, la mobilisation de la culture autochtone permet aussi de passer d’une réflexion écologique locale à une réflexion plus globale. Dans le cas d’Anticosti, par exemple, Idle No More rappelle que l’exploitation pétrolière ne concerne pas seulement les habitants de l’île mais tous ceux et toutes celles qui dépendent de l’éco-système du Saint-Laurent.

Dans un autre registre, Mélissa pose aussi la question de la place laissée à nos aînés dans la société. Pour les Autochtones, les anciens sont des sources de savoir et de connaissance. N’aurait-on pas intérêt à mobiliser ces savoirs et ces connaissances plutôt que de les stocker dans des maisons pour aînés ? Enfin, Idle No More propose de se réapproprier les luttes et de les sortir des discours intellectualisés et incompréhensibles. Nous, on n’est pas sûrs de toujours savoir faire ça, mais Mélissa nous a vraiment mis sur le chemin.

Bref on a adoré écouter Mélissa, elle nous a donné plein d’énergie et de motivation pour lutter. Si vous en avez l’occasion, allez soutenir Idle No More, vous ne le regretterez pas !

Céline et John

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