RTC gratuit: pourquoi un seul jour alors qu’il en reste 364 autres?

Cette année lors de la Journée sans voiture, le RTC offre un accès gratuit à son service d’autobus, aujourd’hui. Le mouvement part d’une intention charitable: inviter les automobilistes à essayer l’autobus, pour une fois. Et quoi de mieux que de faire ça le jour le moins achalandé, un dimanche.

Remarquez que pour se prévaloir de la gratuité, il faut imprimer un laissez-passer, sinon vous devrez tout de même payer! Ironiquement, le site web pour imprimer ledit billet est bloqué depuis hier par les navigateurs parce qu’il contiendrait un logiciel malveillant. On peut donc, d’ores et déjà, prévoir un flop monumental.

Mais pourquoi un seul jour alors qu’une année en compte 365? Si on veut améliorer l’accessibilité au transport en commun, pourquoi pas tout le temps?

Se déplacer est un besoin fondamental. Dans une ville étalée comme Québec, tout le monde a besoin d’un transport efficace. Ne serait-ce que pour aller au travail, aider à rompre l’isolement et sortir de la misère. Mais aussi pour les loisirs, pour voir les copains-copines, aller à l’épicerie, etc.

Ce n’est pas un choix démocratique qui a imposé la voiture à un grand nombre de nos congénères. C’est plutôt l’autoritaire capitalisme. C’est GM motors qui démantelé le réseau de tramway électrique, qui desservait efficacement la ville, de Sillery à Beauport, jusqu’en 1948. Il faut laisser toute la place à l’automobile et à son pharaonique réseau d’autoroutes.

L’ère du béton

C’est devenu l’ère du béton sacré. Dans les années 70, pendant sa construction, Dufferin-Montmorency est l’autoroute la plus dispendieuse d’Amérique du Nord. On prévoyait aussi des autoroutes

  • le long de la rivière Saint-Charles,
  • sous terre, puis surélevée le long de la falaise entre Dufferin- Montmorency et l’autoroute Duplessis,
  • sous la ville, entre Dufferin-Montmorency et le boulevard Champlain.

Ça, ce ne sont que les projets les plus grandioses. Il fallait y rajouter toute une série de routes passant à travers le faubourg Saint-Jean, Saint-Roch et Saint-Sauveur. La Cité intramuros est « miraculeusement » épargnée, uniquement pour servir les intérêts de l’industrie touristique.

En gros, on souhaite raser les quartiers centraux pour entièrement les recouvrir d’asphalte et de béton. Heureusement ces projets seront interrompus à l’arrivée de la crise du pétrole.

Les réalisations de l’ère du béton font aujourd’hui de Québec la championne de l’asphalte

Le réseau actuel d’autoroutes dans la région de la Capitale-Nationale totalise 481,3 km. Ceci représente environ 20 km par 100 000 habitants. Ceci lui décerne le 1er rang au Canada et le 3e rang dans toute l’Amérique du Nord. (Le réseau démesuré d’autoroutes inachevées de Québec, en ligne, consulté le 10 juin 2013)

Tout cela s’est fait sans consulter personne, à l’encontre de la volonté de la classe populaire. C’est d’ailleurs l’opposition autour du projet de saccage des berges de Beauport, dans le cadre des constructions d’autoroutes, qui conduira à la première consultation du BAPE et à la création du Ministère de l’Environnement.

La solution que nos élites préconisent aujourd’hui pour corriger le problème grandissant du trafic n’est pourtant pas de réduire le flux d’automobiles. C’est d’ajouter de l’asphalte. Toujours plus d’asphalte. C’est une boucle qui ne finira jamais. Tout ça à cause de la façon dont les élites ont construit la ville: sans vision, sans perspective de futur. Avec un laisser-aller total au privé.

La gratuité c’est faisable

Une étude française intitulée « La gratuité totale des transports collectifs urbains : effets sur la fréquentation et intérêts » démontre que

  • en milieu urbain, l’automobile mobilise 80 à 90% des budgets publics consacrés aux déplacements. Cette proportion est semblable à Québec.
  • Les transports collectifs, environ 10%.

Il suffirait alors d’utiliser une partie des milliards dédiés aux voitures pour financer la gratuité du transport collectif.

Cela est nécessaire compte tenu que le tout-à-l’auto nous conduit à une impasse. Le transport est de loin le contributeur numéro un au réchauffement climatique par l’augmentation des gaz à effet de serre. La route fait 3200 morts par jour selon l’Organisation mondiale de la santé. De plus, la course aux ressources naturelles, dont le pétrole, est à la source de nombreuses guerres récentes.

Nos élites politiques et économiques font beaucoup de foin avec le transport. C’est pourtant un service public essentiel. Chaque augmentation de tarif prive de plus en plus de gens de son utilisation. Au rythme où vont les augmentations, toujours plus élevées que l’inflation, on pourra bientôt considérer l’autobus comme un produit de luxe. Il faut donc revendiquer sa gratuité.

Et si on veut aller jusqu’au bout, il faut également laisser les travailleuses et travailleurs du RTC autogérer le transport. L’autogestion permet de les rendre responsables de l’utilité sociale du service en se réappropriant les lieux de transport. Le tout, sans ingérence partisane, et en supprimant la bureaucratie.

Les souhaits d’Accès Transports Viables, avec leur Journée sans ma voiture sont bien gentils. Mais nous n’obtiendront pas la gratuité des transports par des tactiques de lobbying. Nous l’obtiendrons en créant un large rapport de force avec les élites politiques et économiques. La gratuité du transport en commun, en tout temps, est un objectif réaliste. Retroussons-nous les manches pour y parvenir.

Source: Brochure « Viv(r)e la gratuité, pour le transport collectif gratuit », Éditions La Pointe libertaire.

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