Transport public à Québec: 100 ans de solidarité

Lors de son assemblée générale du 8 décembre dernier, Subvercité a fait de la gratuité du transport en commun le thème de sa prochaine campagne. Voici un texte écrit en 2007 sur le sujet paru dans l’Infobourg.

Tramway vers 1925, BAnQ.

Par Nicolas Lefebvre Legault

En octobre dernier, le syndicat des chauffeurs d’autobus de Québec fêtait son centième anniversaire. 100 ans, il me semble que ce n’est pas rien dans notre histoire sociale! Silence radio dans les médias…

Des débuts timides

C’est en 1864 que débute, bien timidement, le transport en commun à Québec: il y a six chars tirés par des chevaux et de 12 à 24 passagers par char (selon que l’on soit l’été ou l’hiver). Les conditions de travail ne sont pas de tout repos: les journées durent quinze heures et commencent à 5 heures du matin. La paie est mauvaise: 8$ par semaine pour six jours de travail. À l’époque, il est rigoureusement interdit de se syndiquer et on peut finir en prison si on se risque à faire la grève.

Les premiers tramways électriques (au nombre de huit) entrent en fonction le 20 juillet 1897. Le transport public emploie une cinquantaine de personnes 12 heures par jours à 1,50$ de l’heure. Se syndiquer est maintenant légal (depuis 1872) mais il faudra attendre 1906 pour que soit fondée la Fraternité nationale et catholique des employés de tramways. Ça a pris 14 ans à l’employeur pour reconnaître officiellement le syndicat (en 1920) et il ne le fera que pour écarter des syndicats internationaux plus combatifs.

À l’époque, la Fraternité est sous la coupe de l’Église et d’une idéologie prônant la bonne entente entre patrons et ouvriers. La lutte des classes, c’est pour les communistes athées, pas pour les bons ouvriers catholiques. Les représentants des patrons et de l’Église sont donc invités à prendre la parole durant les événements organisés par le syndicat, incluant des pèlerinages à la fin des années 1940!

En 1938, le premier autobus fait son apparition à Québec. Les jours du tramway sont maintenant comptés. En 1948, le dernier tramway rentre au garage. On s’inquiétait peu, à l’époque, du prix à payer pour passer d’une technologie à l’autre. C’était le «progrès»… Abandonner le tramway a coûté 4,1 millions, sans compter la perte nette que constitue le remisage des tramways. Toute proportion gardée, ça nous coûtera à peu près la même chose pour le réintroduire! Sans commentaire…

Révolution tranquille

En 1960, le temps s’accélère. Le premier gouvernement Lesage est élu: c’est le début de la révolution tranquille. Dans la foulée, en 1965, les syndicats de Québec demandent la municipalisation du transport public. En 1968, la capitale vit sa première grève (une semaine) des chauffeurs d’autobus. Pas fous, ils veulent une clause de sécurité d’emploi en cas de vente ou de fusion des compagnies. Ils ont raison puisqu’un an plus tard, la loi créant la CTCUQ (ancêtre du RTC) était votée. Du coup, sept compagnies privées sont expropriées et fusionnées. Les grands gagnants sont les usagers et usagères. Les trajets et les tarifs sont uniformisés et dorénavant les gens n’ont plus qu’à payer une seule fois. C’est le début du transport en commun moderne à Québec, une vraie petite révolution. Au passage, le syndicat des chauffeurs a gagné une force de frappe plus grande.

Combativité syndicale

La combativité presque légendaire des chauffeurs d’autobus s’est construite tout au long des années 70. En 1971, suite à une grève d’un mois, le syndicat gagne la semaine de 40 heures, trois semaines de vacances après trois ans de service, la cogestion du fonds de pension et le droit de participer au choix de l’assureur. En 1974, nouvelle grève de 49 jours pour améliorer la convention. C’est un match nul.

La plus longue grève de l’histoire du transport en commun à Québec a eu lieu en 1979. À l’époque, l’employeur veut introduire des chauffeurs à temps partiel. Le syndicat ne veut rien savoir. C’est la grève. Et elle sera longue, tellement longue que la CTCUQ a le temps de construire un nouveau garage! Neuf mois de grève – sans «service essentiel!»- qui se soldent par une victoire des chauffeurs. Mais à quel prix? C’est de là que date leur mauvaise réputation et leur mauvaise presse dans les médias. Désormais, les syndiqué-es ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes et leur rapport de force: finie la solidarité du public.

Au fil des ans, les chauffeurs et chauffeuses d’autobus ont gagné leur place dans la classe moyenne et se sont dotés-es de conditions de travail décentes. Depuis 30 ans, ils et elles résistent à une offensive patronale pour leur enlever ce qu’ils ont. Normalement, un syndicat avec une telle feuille de route servirait d’exemple et serait une fierté… Pas à Québec. Ici, la combativité et la solidarité, c’est suspect. Et chaque syndicat se retrouve dans la position peu enviable de la forteresse assiégée.

Et l’intégration des femmes?

Le système de transport en commun donne l’image d’un milieu de travail traditionnel où les femmes ont pu faire leur place et s’intégrer. Il n’est plus rare aujourd’hui d’être conduit-e par une chauffeuse d’autobus. De fait, elles sont environ 160 sur 750 (à peu près 20%). C’est un acquis tout récent. En effet, les premières femmes n’arrivent à la CTCUQ qu’en 1988. Heureusement, l’exécutif syndical était ouvert et sensible aux difficultés d’un milieu de travail traditionnellement masculin. Avec l’aide de la conseillère Rolande Hamel de la CSN, un comité de la condition féminine fut créé avec des sièges réservés pour ses représentantes au conseil syndical (l’instance entre l’assemblée générale et
l’exécutif). Pour faciliter le tout, des activités d’intégration ont de plus été organisées au conseil syndical. Finalement, des clauses concernant les congés de maternité et les retraits préventifs ont été ajoutées à la convention collective.

Source: Infobourg de mars 2007.

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