Une soirée en Lespouère et blanc – Documentaires à L’AgitéE

Affiche du film LespouèreVendredi soir le 13 décembre dernier, le Festival international du filmethnographique du Québec – (FIFEQ) organisait  la présentation des documentaires de Moise Marcoux-Chabot, à Québec. Une quarantaine de personnes, dont certaines d’aussi loin que la Gaspésie, et plusieurs du milieu universitaire, se sont retrouvées au bar coop l’AgitéE en dépit d’une soirée plutôt glaciale.

Lui-même ancien étudiant en anthropologie sociale et culturelle de l’Université Laval, c’est ainsi que Moïse Marcoux-Chabot s’est présenté et a introduit ses 3 œuvres documentaires, en parlant de leur aspect anthropologique. La soirée se déroulait en ordre chronologique, et du film le plus court au plus long… si on peut parler de longueur pour des court-métrages. Le premier, le seul en couleurs, Jeune fille; caméra  tourné au Tchad en 2007, est devenu un film en 2009. Il s’agit d’un regard et d’une réflexion sur le sujet filmé, quand ce sujet se met inopinément en scène en jouant avec l’œil de la caméra… et avec le regard distancié du documentariste.

Autour d’une souricière

Le deuxième film apparaît au premier abord très différent; noir et blanc, nocturne, urbain, froidure, confrontation, Autour d’une souricière a, surtout, été filmé, monté et publié en moins de 24h, contrairement au premier film qui a mûri durant des années.  Ici aussi le documentariste est dans l’action, et sa distance ‘’objective’’ ne peut guère le protéger, ni lui permettre de se tenir à l’écart. C’est un film tout aussi émouvant, quoique les discours, qui émaillent les images révoltantes et tentent d’expliquer ce qui se passe, les mots de Foucault, Chartrand, Miron, tendent à transformer le reportage en cinéma, et ainsi nous permettent, même lorsqu’on se retrouve à l’écran, de donner à ces souvenirs une signification plus universelle.

Lespouère

Le troisième film, dont le nom Lespouère a suscité une question intéressante à la fin de la soirée, a été tourné l’été dernier en Gaspésie et son propos a aussi fait réagir la salle à de multiples reprises. Il s’agit d’un portrait tourné un peu à la manière du cinéma direct. Moise Marcoux-Chabot en fin de soirée a répondu aux questions devant le grand écran ou apparaissait une superbe photo de Michel Brault, décédé cette année; il se réclame de sa façon de filmer, le cinéma vérité, caméra à l’épaule. Lespouère  n’est pas encore disponible sur le net, car il est en montre dans divers festivals. Il s’agit du portrait de Bilbo Cyr, un poète militant engagé et enragé, occupé à planter des arbres et de l’espoir, de même qu’à tenter de faire échec à rien de moins qu’aux minières, aux gazières, au pétrolières et aux élus qui les servent. Ici aussi, il s’agit d’un film rapide mais sur un homme  qui en a manifestement contre la vitesse. La caméra suit quelqu’un qui impose son rythme. C’est un film très intérieur : dans les boisés, dans une école, dans une boulangerie, rien ici des grands espaces habituels de la Gaspésie. Mais quelque chose d’immense : Lespouère de Bilbo Cyr. Tellement, qu’après avoir vu le film, tu te dis que ça vaut la peine de lutter pour ta gaspésie à toi.

La soirée s’est continuée avec des questions et des discussions autour des films, et beaucoup sur la question de l’objectivité vs la subjectivité du documentariste. Moise Marcoux-Chabot qui se dit lui-même indépendant et engagé, ne prétend pas à l’objectivité, bien mieux, il assume entièrement sa subjectivité. Il a répondu avec beaucoup de patience et de générosité aux questions et finalement, il a invité à ce que les discussions se continuent en groupes plus restreints.

Excellente soirée cinéma à l’AgitéE.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.